Notre ami, notre camarade Jacques Hassoun est mort samedi 24 avril à la suite d'une année de grave maladie.
Né le 20 octobre 1936 à Alexandrie, il avait à peine 15 ans quand il entra dans le Dror (mouvement marxiste sioniste égyptien) alors clandestin, et qui s'auto-dissout peu après.
Deux ans plus tard, il est d'un groupe juif minuscule qui tente la création d'une section étrangère (juive) du mouvement de Curici. Bientôt tous arrêtés comme « sionistes communistes », il va connaître quelques mois de prison pendant lesquels il participe aux discussions du « comment poursuivre la lutte », alors que le mouvement communiste se refuse à intégrer les juifs.Un an plus tard, à 18 ans, il peut quitter l'Egypte pour la France. C'est qu'il a la chance d'être déjà français, sa famille avait pu garder cette nationalité, accordée par le général Bonaparte, en habile politique, à la communauté juive d'Alexandrie.
En France, il entame ses études de médecine et, en même temps, adhère au PCF. Mais c'est pour se lier bien vite avec l'opposition de la Voix communiste, de Denis Berger, Gérard Spitzer et Félix Guattari. En mai 1968, alors qu'il est médecin directeur du Centre médico-psycho-pédagogique d'Aubervilliers, premier médecin à avoir fait entrer une équipe de psychologues dans les crèches, il déchire sa carte du PC et prend contact avec la JCR. Il en est bientôt membre, puis de la Ligue, où il sera membre de la cellule psycho.
Il est alors devenu un des rares psychanalystes qui se refusent à dissocier marxisme et psychanalyste est de la création et devient le directeur de Gar-de-fous, qui défend les psychiatrisés et pose les problèmes des causes sociales de la folie. De 1969 à 1977, il enseignera la psychanalyse à l' universitté de Vincennes. Du fait de ses engagements politiques, il ne sera accepté à l'Ecole freudienne de Paris qu'en 1978. Aprés la mort de Lacan, il sera de la fondation du Cercle freudien de Paris, et son président de 1987 à 1990.
En 1972, il a penché pour le groupe Révolution lors de sa scission d'avec la Ligue, mais il revient finalement à celle-ci. Sous le pseudonyme de Michel Péret (en référence à Benjamin), il rompt des lances contre le gauchisme pseudo-psychanalytique dans la jeune revue Critique communiste. A la fin des années soixante-dix, il cesse de militer dans la LCR, ses activités professionnelles ne le lui permettant plus. Mais il reste un sympathisant, toujours présent à toutes les grandes manifestations.
Lui, très attaché à la culture juive, en particulier celle (lu monde égyptien et méditerranéen, refusait toute confusion entre judaïsme et sionisme et, ferme critique d'Israël, il soutenait l'OLP, dans la logique de ses engagements envers tous les mouvements de libération nationale, et il dénonça vivement l'attaque des camps palestiniens du Liban en 1983. Dans cette Iogique, il était membre du Mrap, de la Ligue des droits (le l'Homme, de l'Association médicale franco-palestinienne, de France-Palestine et du Forum des citoyens de la Méditerranée.
Parallèlement à tout cela, il menait une activité littéraire qui nous laisse une dizaine d'ouvrages, où se lient son profond savoir et sa fine sensibilité d'homme de haute culture universelle.
Tous ceux qui l'ont connu se souviendront toujours de sa gentillesse, de son humour, de son attention à la parole de l'autre qui en faisait le type même du psychanalyste, et de sa manière, merveilleusement orientale, de marier la passion et la plus douce humanité.
Toute notre émotion accompagne les siens, sa compagne, Pascale, ses enfants et petits-enfants.
Michel Lequenne